Critique de l’industrie culturelle face au web

Star-systeme - Google

     La vision positive du piratage de Chris Anderson (Free! Entrez dans l’économie du gratuit) m’amène à une critique essentielle des industries culturelles.

En effet, celles-ci passent un temps précieux à fustiger et se focalisent contre le piratage. Pendant ce temps, elles ratent, pour la plupart, le virage numérique. Le poids des majors, frileuses dans la prise de risque, écrase une précieuse production artistique diversifiée, et tend depuis de nombreuses années, à un appauvrissement et à une uniformisation des contenus.

L’alternative Internet est le nouvel havre de créativité contemporaine pour les artistes connectés, talentueux et ignorés par les majors. À la page 32 de son ouvrage, Anderson souligne que quelques artistes se servent de la gratuité comme une technique de marketing pour leurs représentations sur scène, et pour la vente de produits dérivés. D’autres s’adonnent à cette activité dans le seul but d’une auto-satisfaction, domaine du don du travail et de l’accomplissement personnel.

À chaque source de défaillance, l’industrie culturelle, fait appel aux pouvoirs publiques qui s’efforcent de légiférer, omettant l’aspect positif du partage des connaissances et s’acharnant injustement sur les internautes. Pourtant n’est-ce pas les opérateurs qui permettent par une large bande passante de télécharger ?

En France, Le protectionnisme gouvernemental devient schizophrène et porte atteinte aux libertés individuelles avec pour seul véritable argument une perte de chiffre d’affaire des industries culturelles. Pourtant, rien n’est si sûr. En effet, les nouvelles possibilités de distribution par le numérique, l’accroissement des ventes de billets dans les salles et des produits dérivés sont occultés. De plus, comme Anderson l’écrit dans son autre livre La longue traîne, le web permet la résurrection de chefs d’œuvres oubliés, à faible tirage, délaissés par ces industries.

Les véritables hypothèses de cette perte de chiffre d’affaire sur les CD et DVD, sont les prix onéreux pratiqués par ces industries, la baisse de revenus des consommateurs, le principe star-system qui appauvrit les rayons, et le format CD bientôt devenu obsolète. Une autre entache à la culture est certainement l’acquisition de cette industrie par des groupes étrangers à la culture, et par un non-soutien gouvernemental aux vendeurs indépendants qui s’amenuisent au long des années.

Le comportement monopoliste de grands groupes entravent depuis trop longtemps la création et la diversification des contenus, ainsi que l’émergence de petites entreprises. L’importance des chiffres d’affaires de ces groupes n’empêchent pas les fusions de rendre inutiles de nombreuses personnes cantonnés au chômage. La leçon du Web et de l’ère numérique changera probablement l’optique stratégique des futures générations.

Un autre argument oublié par l’auteur de Free : les nouvelles possibilités de découvertes de talents qui ne disposent pas de budget marketing, et pour qui, les majors refusent une prise de risque promotionnelle. La viralité du web permet la diffusion de contenus innovateurs par simple échange de playlists ou par les nouvelles possibilités de diffusion sur les web radios, blogs audios et sites de vidéo. La viralité est d’autant plus puissante que le bouche à oreille sur Internet dépasse les frontières géographiques et les barrières du langage.

En comparaison, les plate-formes de téléchargement ont une diversité exponentielle de choix par rapport au faible contenu homogène des points de ventes phagocytes des hypermarchés. Rien n’étonnant pour cette nouvelle génération née en ligne, qu’elle détourne toute son attention sur cette vaste bibliothèque binaire.

Le flou législatif et politique d’Internet laisse à la traîne une France dépassée par la vélocité des mutations de l’ère digitale. La France est d’ailleurs très mal placée dans le développement numérique par rapport à d’autres pays voisins.

Un constat flagrant de la métamorphose sociétale : les amateurs sont devenus des concurrents directs pour les artistes intermédiaires, par contre, même si certains artistes ont été révélés sur la toile, le web favorise largement le modèle star-système. À notre grand désespoir :(

Mais, restons positif ! Du Chaos est né l’univers, les règles de l’Internet devraient sortir de la Nuit sombre !

Articles complémentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les liens des commentaires peuvent être libérés des nofollow.