Interview Amélie Nothomb

Amélie Nothomb

Tout et son contraire, tout simplement.

Amélie est vraiment accaparée mais c’est avec grande gentillesse, qu’entre 2 portes, elle répond très spontanément et sans équivoque à toutes nos questions, et nous offre un petit peu d’elle-même.

A Mediamateur, on apprécie Amélie en tant qu’ écrivain mais avant tout elle est une belle Personne, tout à fait accessible et très fréquentable.

Amélie, merci infiniment ! Nous vous tirons notre “chapeau” pour votre coopération sans aucune modération.

Merci à Mademoiselle Sand sans qui cette interview ne serait sans doute pas.

 

Interview audio & photos :

Interview : Mademoiselle Sand et Soeur Lutèce
Son et montage : Laurent Torton
Photos : Soeur Lutèce

 

Interview retranscrite à l’écrit


1-Vous n’utilisez pas les nouvelles technologies de communication, pas d’internet, pas de smartphone, quelles en sont les raisons ?

Aucune raison idéologique, je pense tout simplement que je suis un néant technologique, voilà ! Je me sens tellement Gaston Lagaffe et tellement indifférente face à toutes ces nouvelles technologies que je m’en passe et je m’en passe fort bien ! Donc ce n’est pas une position idéologique, je pense que c’est simplement une attitude fossile de ma part et aussi la conviction que je n’ai pas besoin de toutes ces technologies.

2-Nous remarquons pendant vos dédicaces que vous connaissez le prénom de chacun de vos fans et vous semblez faire preuve d’une véritable attention à leur égard. Etes-vous consciente que c’est un amour partagé ?

(Rires) Je ne sais pas si c’est un amour partagé avec vous, en tout cas ça me ravit. Je ne sais pas si c’est le cas de la part des autres gens mais ce qui est certain, c’est que j’aime beaucoup mes lecteurs, d’ailleurs je ne les appelle pas mes “fans”, je trouve ce terme méprisant. J’aime beaucoup mes lecteurs et je trouve qu’ils sont extrêmement sympathiques et généreux.

3-Qu’est-ce que la vie d’un écrivain quand on est Amélie Nothomb ?

Je ne sais pas comment est la vie des autres écrivains donc je ne peux pas faire la comparaison. Ecoutez, ma vie est très intéressante, très dense et très fatigante aussi. Il faut une énergie folle pour être Amélie Nothomb, c’est très angoissant aussi. (Rires) Mais enfin, c’est la vie que j’ai choisie et je n’en choisirai pas une autre, mais en tout cas pas une vie où on s’ennuie.

4-François Truffaut disait : “le cinéma c’est mieux que la vie”. Et selon Amélie Nothomb : l’écriture, est-ce mieux que la vie ?

Oui, l’écriture c’est mieux que la vie !!! ça, j’en suis convaincue.

5-Votre vie est-elle rigoureuse voire ascétique ?

Ex : Levée à 4h du matin pour écrire, répondre aux courriers de vos fans, trois romans par an…

Bah, je crois qu’on peut le dire oui, levée tous les matins, sans aucune exception,  à 4h voire plus tôt pour écrire, ensuite répondre aux courriers des lecteurs. Bah, si si je crois qu’on peut dire que ma vie est rigoureuse et ascétique.

6-Comme le dit le vieil adage, accouchez-vous dans la douleur en écrivant ou bien est-ce un exutoire ?

Eh bien, ni l’un ni l’autre ! J’accouche mais dieu merci pas dans la douleur, j’accouche dans la difficulté. C’est difficile d’écrire mais j’aime la difficulté et puis ce n’est pas douloureux, donc ça c’est déjà une très bonne chose. Alors c’est aussi un exutoire, mais ça c’est une fonction annexe vous voyez. Je n’écris pas dans le but que ce soit un exutoire, j’écris dans le but de créer une oeuvre et que ce soit beau ! J’essaie de créer de la beauté !

7-Avez-vous le sentiment de vivre votre vie ou d’exister au sens sartrien du terme ?

Ma culture n’est pas assez grande pour savoir ce que ça pourrait bien vouloir dire “exister au sens sartrien du terme”, donc je pense que je vis ma vie tout simplement.

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8-Votre intellect, a t-il pris le dessus par rapport au corps ou bien est-ce un tout ?

Ah, c’est un tout, ça il n’y a aucun doute, c’est un tout ! Donc non l’intellect n’a pas pris du tout le dessus par rapport au corps, je suis un tout !

9-Toujours dans la maîtrise de soi ou bien vous lâchez vous ?

Oh, je ne suis pas dans la maîtrise de moi du tout ! (Rires)

10-Vivez-vous sans limite ? (Alcool, anorexie, ayahuasca et autre…)

Il faudrait quand même nuancer ! L’alcool, ce n’est pas tous les jours ! C’est que le champagne et c’est toujours en bonne compagnie,  donc l’alcool ce n’est pas tous les jours. L’anorexie, dieu merci c’est fini, (Rires) l’ayahuasca ce n’est pas tous les jours non plus, donc je dirai que si j’ai quand même des limites dans  ma vie si ça peut vous rassurer !

11-De telles expériences comblent-elles un vide ? Une culpabilité ? Vous rapprochent-elles de la mort ? Vous apportent-elles au contraire une force ?

Certainement pas ! D’abord il faut bien distinguer les trois choses : alcool, anorexie et ayahuasca, ce n’est pas du tout la même chose. L’anorexie c’est dieu merci fini, j’ai vécu ça pendant mon adolescence et c’était certainement une manière de se rapprocher de la mort.

L’alcool, comme vous le savez je ne considère pas du tout que j’ai un problème d’alcool, donc c’est simplement un plaisir.

Ayahuasca, au contraire ça m’a apportée une grande force ! Pour moi on ne peut pas considérer ça comme une drogue. Ce n’est pas une expérience agréable, ça ne provoque aucune addiction. Bien au contraire, quand on a pris de l’ayahuasca, on n’espère plus jamais en prendre, tellement c’est mauvais déjà ! Voila, c’est une force l’ayahuasca.

12-Comment appréhendez-vous la solitude, la mort ?

Deux questions bien distinctes ! La solitude c’est pas forcément très agréable, ce n’est pas mon choix. Donc, la solitude je l’ai beaucoup vécue pendant mon adolescence. C’était une solitude que je n’avais pas choisie et je trouvais cela très dur.

La mort, par contre… Bon la mort des autres ça c’est un problème. Mais sa propre mort, ça ne me paraît pas du tout un problème, ça me paraît… Bien sûr je ne forcerai pas les choses, j’attendrai mon heure mais c’est une chose que j’attends avec beaucoup de curiosité. Il n’y a aucune raison de penser que la mort soit quelque chose de négatif.

13-Vous avez dit : La mort n’est pas la cessation de l’amour”, c’est tellement vrai ! Faut-il finalement être en osmose avec Soi-même et avec l’Autre pour parvenir à cette forme de spiritualité ?

Je ne pense  pas qu’il faille être en osmose avec quoi que ce soit, simplement c’est une conscience. Moi j’ai toujours eu cette conscience qu’on pouvait parler avec des êtres disparus sans faire de spiritisme pour autant. Pour moi c’est simplement de l’amour, c’est tout simple.  Il va de soi que les morts que je n’aimais pas, je ne leur parlotte pas.

14-Avez-vous l’impression de prendre soin de vous ?

Bah, pas assez, ça c’est clair ! (Rires)

15-Etes-vous un écrivain engagé ou la vie vous engage t-elle ?

Les deux ! Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement engagé si ce n’est au degré atomique de l’engagement. Oui, je suis banalement démocratique, je suis à fond pour le mariage pour tous, sans aucune restriction. Par ailleurs, je suis un être vivant à part entière avec tout ce que cela suppose, oui !”

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16-La France est divisée sur le mariage pour tous, avez-vous des opinions à nous faire partager à ce propos ?

Oui, l’attitude de la France vis à vis du mariage pour tous me sidère. En Belgique, là loi pour le mariage pour tous est passée comme une lettre à la poste il y a 10 ans, et c’est absolument pas la révolution. C’est tout à fait naturel le mariage pour tous !

17-Avez vous déjà manifesté dans la rue ou préférez-vous vous exprimer par l’écriture ?

J’ai manifesté une seule fois, c’était en faveur des sans papiers à Paris, c’était en 1998. Cela dit, je pense que c’est plus efficace de s’exprimer par l’écriture que s’exprimer par une manifestation.

18-Quelles sont les causes qui justifieraient votre participation à une manifestation de rue ?

Je pense avoir répondu dans la question 17. La seule manifestation à laquelle j’ai participée c’était en faveur des sans papiers, ça me paraît une cause très importante !

19-Pourquoi avoir choisi Paris pour vous poser ? Est-ce temporaire ?

C’est clairement la Capitale de la littérature, Paris ! C’est ici que tout se passe pour les écrivains. Par ailleurs, c’est une très très belle ville ! C’est une ville très dure et très violente mais très belle, très fascinante ! Donc je l’ai choisie pour sa beauté et aussi accessoirement parce que ma vie amoureuse se passe à Paris. Et en plus mon métier, donc je le répète, Capitale de la littérature.

20-Quelles satisfactions vous apportent Paris et vous sentez-vous à votre aise dans cette ville ?

Sa beauté, bien sûr, sa beauté ! Non ce n’est pas une ville confortable et c‘est une ville violente, mais quand on choisit la beauté, on est rarement à l’aise !…

21-Et sans l’écriture, quelle serait votre vie ?

Ce serait juste l’enfer ! C’est tout simple ! Donc, il est hors de question que ma vie soit sans l’écriture.

Petit mot libre de la fin si vous le souhaitez ?

Ma chère Sand, quel bonheur de vous connaître ! Et la prochaine fois que vous verrez la merveilleuse Cécilia Bartoli, embrassez-la de ma part, voilà ! et j’embrasse tous vos amis, tous les gens de mediamateur.

C’était donc Amélie Nothomb, au revoir et bonne journée !

chez Albin Michel

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4 commentaires

  1. Ju'L (1 comments) dit :

    Merci pour ce partage sans artifice ni fioriture ! Je viens de de passer un chouette moment avec Amélie Nothomb grâce à vous ! J’aime le ton de l’interview. J’avais l’impression d’être au salon avec vous et faire connaissance avec A.N tranquillement autour d’une coupe de champagne ;ô)…
    Continuez ! Mediamateur est un beau projet ! J’adhère ! Merci !

  2. Val (1 comments) dit :

    Je rejoins le commentaire précédent. Pas de pipolisation de l’interview. L’essentiel est dans l’écriture. Continuez comme cela.

  3. TiLivre (1 comments) dit :

    « Accessoirement parce que ma vie amoureuse se passe à Paris » ! Faut-il entendre « vie amoureuse » comme l’amour des livres, l’amour de ses lecteurs, les amitiés qui la lient à Paris ou bien comme « vie conjugale » ?

  4. Nabel (11 comments) dit :

    Bonjour Tilivre

    Je pense qu’Amélie nous parle d’un tout : vie amoureuse et vie culturelle. Ceci dit, il est bon d’entretenir le mystère ;)

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