L’anonymat et l’engagement militant sur le Web

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Les différentes familles des médias alternatifs, apparues à l’ ère des premiers courants Léninisme, retrouvent sur la toile un média bien plus performant pour militer que les supports précédents (presse, radio, cinéma…).

Mais au-delà des médias, ce qui est nouveau, c’est l’engagement politique des internautes.

L’ère de l’ubimedia

Hackers, altermondialistes, fervent militant de la contre-culture, utilisateurs lambda, tous s’engagent dans des actions décentralisées et désordonnées. Internet est devenu un véritable laboratoire de culture alternative. Les nouvelles technologies développées depuis quelques années, permettent d’échanger en mobilité n’importe où avec une connexion internet (smartphones, wifi, réseaux sociaux…).

Bien plus qu’un média pour les engagés, le web convertit chacun de nous en réceptable pro-actif. Nous sommes dans l’ ère de l’ubimedia et de la convergence médium-récepteur. Nous sommes à la fois les récepteurs d’une masse d’informations que nous partageons, transformons, complétons et diffusons sur une toile de réseaux étendus et inconnus. En ce sens, la résonance de l’information que nous diffusons dans notre entourage et qui se propage dans d’autres écosystèmes a de quoi faire rêver un stratège communiquant.

Les internautes, amateurs politiques, réinventent les contours d’une nouvelle démocratie amorcée dans les années 1990. Pourtant, si de vraies valeurs se développent sur les mailles du web, ce n’est pas pour autant que les politiques prennent en compte les nouvelles aspirations démocrates. Bien au contraire, les législateurs s’efforcent souvent d’enrayer les alternatives culturelles et politiques.

Bien au-delà de la seule distraction que l’on prête à Internet, la société de l’information et les nouvelles prises de paroles encouragent la population à devenir son propre média.

 

La multiplication des facettes de notre personnalité

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L’ ère numérique chamboule toute la société et replonge notre état d’ordre dans le chaos. La démultiplication de nos personnalités, sorte de pulsion créative et adaptable en fonction d’un état, d’un moment, d’un lieu, d’une émotion… se décomplexe sur le web.

Ici chacun peut être tout le monde et tout le monde se prend un peu pour chacun. Un vieux fantasme originel se réalise, l’amateur devient expert, militant, consultant… La diffusion de l’information et la production de contenus, réservées à quelques cercles fermés jusqu’au 19ème siècle (date d’apparition des médias alternatifs), sont dorénavant produites en masse sur la toile par les usagers.

L’éclatement et la confusion poreuse entre l’espace public et l’espace privé laissent place à un web clair obscur où chacun laisse apparaître ce qu’il a envie d’être, à condition de maîtriser son identité numérique.

 

L’anonymat

La couverture de l’anonymat complexifie les rapports dans les débats. Sous un même internaute se cache parfois plusieurs pseudo. Selon certains chercheurs, cela influerait l’évolution des débats sur les forums par un durcissement des convictions, un manque de fluidité des idées, et une certaine violence acharnée pour défendre sa position.

Pourtant, l’anonymat pour la plupart des internautes est une illusion puisqu’ils sont tracés dès qu’ils prennent un abonnement chez un FAI. Il existe pourtant le moyen de naviguer avec des proxys qui masquent les données, mais il reste toujours un lien entre la machine et l’adresse IP. Toutefois, il semble évident que ce semblant d’anonymat facilite et encourage les prises de parole militante sur le web.

 

Les pétitions en ligne

Dans Google Search, les mots clefs “pétitions en ligne” révèlent un nombre conséquent de résultats pointant vers des sites associatifs et des sites spécialisés. En 2009, le recours à ces pratiques comprenait 25% des français sondés. Avec l’avènement de réseaux sociaux tels que Facebook et ses applications de pétition intégrées, ce pourcentage a certainement augmenté de manière drastique.

De nombreuses dénonciations d’actions ou de discours politiques ont recours à ce système en ligne. Parfois, cela se traduit par un basculement en faveur des réfractaires et peut influencer des décisions importantes.

  • Ex : Le vote du NON à la constitution européenne qui allait à l’encontre de la plupart des discours politiques.
  • Ex : une pétition lancée contre la nomination de Jean Sarkozy à l’EPAD a recueilli 80 000 signatures en 7 jours.
  • Ex : une récente pétition lancée par Greenpeace a fait pression sur Zara pour supprimer toutes substances chimiques dangereuses de sa gamme textile.

 

L’engagement militant sur le Web

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Les médias sociaux sont capables de mobiliser une masse de personnes en peu de temps, pour peu qu’il y ait une véritable cohésion organisationnelle à l’extérieur.

Au-delà de ces rassemblements massifs, le « cyber » citoyen actuel est bien plus confronté aux actes militants qu’auparavant, les appels à l’engagement circulent librement et sont largement propagés sur les réseaux. À l’heure 2.0, les barrières censurées par les gate keppers tombent et les vérités se multiplient dans le tourbillon de l’infobésité. Les actions sur le web prolifèrent et révèlent des millions de personnes engagées.

Mais quelle est la profondeur de leur enrôlement ? La multiplicité des possibles engagements sur le web réveille-t-elle le militant d’une cause qui sommeille en nous ou n’est-elle que l’expression de facettes multiples sans profondeur et décomplexées par l’anonymat ?

Ce qui est sûr, c’est que tout a changé depuis que la prise de parole en public n’est plus réservée aux élites. Les technologies numériques représentent un nouveau contre-pouvoir qui déstabilisent l’organisation sociétale, localement et presque partout dans le monde.

La culture de l’Open Source et les actions des Hackers sont les parfaits exemples de ce renouveau du courant alternatif. C’est en quelque sorte la poursuite de l’évolution du libre arbitre, et la réappropriation du pouvoir collectif et participatif.

Bibliographie

  • Dominique Cardon et Fabrice Granjon. Médiactiviste.
  • Catherine Halpern “Quand Internet réinvente le politique”, Sciences humaines 2/2008 (N°190), p. 107-107.
  • Patrice Flichy « Internet et le débat démocratique », Réseaux 4/2008 (n° 150), p. 159-185.
  • Patrice Flichy, 2010. Le sacre de l’amateur, édition Seuil, collection la République des idées.

Photo de Soeur Lutèce – Paris – 16/12/2012

 

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