Le cinema indépendant en mode long-métrage

Une histoire amateur dans son plus simple appareil.

Ces bidouilleurs de génie qui ont inventé le cinéma.

  La projection d’un film se rapproche d’une représentation d’ombres chinoises. Au temps de la machine à vapeur, tous les domaines de recherche sont monopolisés par l’étude du mouvement. On veut recréer ce mouvement sur un écran, non plus par des dessins mais par des images photographiques en jouant sur la persistance rétinienne. Le cerveau à quelques centièmes de secondes près, ne mémorise pas toutes les informations que les yeux lui transmettent. Un personnage s’anime sur un écran, par le simple fait qu’entre deux images…il n’y a rien.

  Les premières caméras au XIXème siècle utilisent la pellicule et permettent de projeter des images animées issues des techniques photochimiques. Les frères Lumières sortent de leurs usines le cinématographe mais ne dépasseront pas l’exploitation des fêtes foraines. Le premier réalisateur de fiction est le magicien Georges Méliès.

Le Voyage dans la lune 1902 Georges Méliès

L’Homme à la tête de caoutchouc. G.Méliès .1901

L’ère industrielle du média-cinéma.

  Les Etats-Unis entrent dans la consommation de masse par le média du cinéma. La côte ouest des Etats-Unis, là où le soleil ne meure jamais, entreprend des moyens pharaoniques pour une population grandissante. « Naissance d’une nation » de W.Griffith établit la trame scénaristique type du film américain avec les valeurs nationalistes et xénophobes qu’on lui connaît. Ce cinéma ne se réduit pas à ces simples critères. Certains réalisateurs arrivent à échapper à cette idéologie. Murnau ou Chaplin parmi d’autres, dès les années 20’, révèlent des œuvres qui font évoluer le 7ème art. Les films sont entrés dans la phase industrielle grâce et à cause d’Hollywood.

Naissance d’une Nation. W.Griffith. 1915

Naissance d’une Nation. W.Griffith. 1915

  Changement de cap lorsque le cinéma parlant impose ses contraintes. En studio tout devient très lourd à mettre en place. En balbutiant leurs premiers mots sur la toile, les acteurs se figent. La bande son, en plus des sources lumineuses très nombreuses que demande la pellicule, exige l’insonorisation du moteur caméra très bruyant. Pour le metteur en scène chaque millimètre d’action doit être prémédité. Difficile dans ces conditions de laisser une place à l’improvisation. Les comédiens américains ont toujours eu une technicité inégalée et se callent au millimeters face à al acméra. L’école américaine de l’actor studio envie la naturel à la française. Dans l’entre deux guerres, le cinéma indépendant n’existe que la partie expérimentale des projets avec le mouvement Dada entre autre. Faire un film demande un investissement trop imortant pour une seule personne.

Les caméras sortent des studios.

  La seconde Guerre Mondiale avec les actualités filmées fait évoluer à nouveau la technique. Les caméras se réduisent et deviennent transportables à l’extérieur avec un encombrement minimum. En Italie le décor naturel des villes en reconstruction après les ravages de la guerre et du fascisme, permettent aux réalisateurs de révéler des scénarios humanistes abordant la vie de gens ordinaires avec un caractère social. L’époque du néoréalisme italien fut primordiale pour le cinéma.

Rome ville ouverte. R.Rossellini.1945

Rome ville ouverte. R.Rossellini.1945

  La France met plus de temps pour sortir de son conformisme. De même que pour le cinéma italien, les caméras plus légères et la pellicule plus sensibles permettent à J.L. Godard et à F. Truffaut de former la Nouvelle vague. Ce cinéma accompagne l’esprit de Mai 68 avec l’évolution des moeurs qui en découle. Les personnages sont abordés dans l’intimité et la nouvelle génération veut libérer des codes initiés en n’en créant de nouveaux. Le montage est totalement transformé.

A bout de souffle. J.L.Godard. 1960

A bout de souffle. J.L.Godard. 1960

Jean Luc Godard

Jean Luc Godard.

De la nouvelle vague à l’hyperréalisme.

  La nouvelle vague fait des enfants, qui font des enfants, qui font des enfants… mais le cinéma ne se consomme plus de la même façon qu’aux années 60. Le média cinéma trouve la télévision en concurrente directe. Les blockbusters du cinéma américain ont toujours permis de faire venir le public dans les salles et ont profité, à leur façon, à la promotion du cinéma indépendant. Cependant, depuis quelques années, cette diffusion n’est plus rentable même pour un film à gros budget. Ce sont les passages télé et la vente des produits dérivés qui rentabilisent le financement de départ. Aujourd’hui tous les films diffusés en salle sont investis à plus de 50% par la télévision. Comment garder son indépendance dans ces conditions ? Un film en salle est plus fait pour la télévision et ressemble de plus en plus à un téléfilm. Il peut être très bon, mais il ne trouvera plus cette qualité intrinsèque qui est de nous surprendre, de changer nos perceptions et de comprendre son époque plutôt que de la subir. On confond la réalité des images avec la réalité de la vie. La distanciation ne se fait plus. On cherche à vivre l’ « Hyper-réalité » en allant au cinéma, mais on ne s’aperçoit plus qu’il s’agit d’un effet d’accoutumance dont on a besoin. L’indépendance des cinéastes est en question depuis que la télévision finance de plus en plus près le budget des films.

La toile change de mesure. Génération DO IT YOURSELF.

  Picasso disait de la télévision qu’elle était un timbre poste comparé au cinéma. La bataille des images a profité au timbre poste, mais le nouveau média de l’internet a permis de créer un système de production original qui pourra peut-être redonner de l’oxygène à la toile dans les salles obscures.

   Le numérique change la donne du cinéma. Les projecteurs de pellicules en celluloïd sont remplacés par des projecteurs vidéo. Ils offrent ainsi un espace technique disponible pour tous les films faits à la maison. Ce que la pellicule ne permet pas, puisqu’il faut passer par un laboratoire très onéreux, la vidéo numérique l’autorise du moins techniquement. Une brèche s’est ouverte pour tout un système de production qui n’a plus besoin d’un budget conséquent pour rencontrer son public. Un film ne se fait pas sans argent. Et pourtant pour la première fois des jeunes ont réussi cet exploit. Le film « Donoma » réalisé par Djinn Carrénard a été diffusé avec une PlayStation devant 2700 personnes au cinéma du Grand REX. Pari réussi grâce à une autopromotion menée par l’équipe des comédiens sur internet pendant 2 ans. Un bus a permis de transporter l’image du film dans toute la France et de rencontrer son public à chaque projection. Ce parcours incroyable annonce un nouveau type de cinéma indépendant, le cinéma « Guerrilla ».

Donoma-2011

Donoma. D.Carrenard. 2011

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