Le Jump cut a la côte

E.J Marey

Le montage est une machine à remonter le temps. Et Hop, on fait un bon en avant (rarement en arrière) dans la même séquence. Voici ce qu’est un jump cut.

Un jump cut, c’est cet effet qui coupe une partie du film, en plein du mouvement sans raison évidente. Cet effet n’appartient qu’au langage filmé.

Quand on se retrouve sur la time-line du montage, une partie de la séquence est coupée dans l’action. C’est en fait une très petite ellipse (même si le temps occulté n’est pas un critère pour définir un jumpcut).

Un temps de moins pour le film, c’est un temps de plus pour celui qui regarde. Rien n’est plus efficace que de laisser travailler l’imaginaire. Que s’est-il passé entre les deux ? Peu importe, ce que l’on a coupé, ce n’est pas utile pour le film.

Cet effet n’est pas nouveau, il date de G.Mélies et de ses escamotages fantastiques. Au début du cinéma il est utilisé comme un trucage, le jump cut sera ensuite institué dans le manifeste « A bout de souffle » par J.J.Godard.

Exemple en image :

Jean Seberg vient de monter dans la voiture de Jean Paul Belmondo. Plusieurs plans très courts passent comme des diapositives animées de Jean à l’avant de la voiture qui regarde à gauche, à droite ou en se maquille. Cette séquence, sans le jump cut serait longue et ennuyeuse, car l’image n’est témointe que d’une ambiance alors qu’avec des jump cut le montage s’apparente à un roman photo. La voix-off de Belmondo qui regarde derrière son épaule comme un esprit malin ravis de la beauté de Jean prend de l’ampleur.

Depuis ce film, le jump cut est né. Cette petite révolution va souffler un vent de jeunesse sur son époque. Aujourd’hui le jump cut est devenu une banalité dont la télévision use et abuse tous les jours. Rein de plus facile que de gagner quelques secondes très chères dans un espace d’annonceurs gourmands.

Un jump cut se différencie d’une ellipse par une unité d’espace. En effet entre une séquence et une autre, c’est une ellipse et dans un même lieu c’est un jump cut. L’un des plus magnifiques jump cut ellipique dans l’histoire du cinéma revient à Sergio Léon dans « Il était une fois l’Amérique ».

De Niro est dans la gare de New-york des années 30 et prend le train pour échapper à son destin. Encore jeune, il s’arrête dans une boutique, la caméra fait un long zoom sur une porte vitrée. De Niro apparaît dans le miroir, mais c’est un homme vieilli de 30 ou 40 années de plus. Le zoom recule et c’est la gare des années 60 qui apparaît. On n’est bien dans un jum cut, car le lieu est identique, mais une ellipse de 30 ans laisse le vieux gangster contempler sa vie avec amertume et nostalgie.

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