Règle des 180 degrés – champ-contrechamp

cinema

Création d’un espace filmé.

L’angle de la caméra correspond rarement à ce que nos yeux enregistrent. Nous avons une vision stéréoscopique sélective à la façon d’une caméra 3D, mais pas seulement. Lorsque nous voyons un objet, même vivant, notre mémoire fait une représentation sélective comme le logiciel Photoshop fait un détourage autour de la personne en éliminant le fond.

Le caméraman, le réalisateur, et surtout le monteur, avec des valeurs plans différents, amènent l’imaginaire du spectateur à faire cette sélection pour raconter une histoire qui n’existe alors que dans le film.

Par exemple, vous filmez une personne qui ouvre une porte dans un plan et au plan suivant, vous suivez de l’autre coté du mur la personne fermer la porte. Si de l’autre côté du mur, le décor ne vous convient pas, vous pouvez décider de changer de décor, tant que vous trouvez deux portes un peu similaires afin de changer de lieu pour tourner le deuxième plan. On dira alors que la porte et le comédien que vous suivez sont « raccords » : même gestuelle, même costume, même texte, même style de porte. Cette espace recrée dans le film n’existe que dans l’imaginaire du spectateur et non dans la réalité.

Un cadre au cinéma, comme sur l’ordinateur, agit comme un cache pour notre mémoire. La facétie d’un voyeur qui regarde dans le trou de serrure d’une salle de bain n’est pas attirée seulement par les formes sexy d’une créature qui prend sa douche, mais son fantasme se porte inconsciemment par tout ce qu’il y a autour. Le son de l’eau qui ruisselle, la pluie battante de la douche, un petit refrain chantant que l’on entend au travers la porte comme un « wizzzzzzz», et brutalement, le gros plan à l’écran d’une main arrache le rideau de douche, un couteau rouge sang entre et sort du cadre, des cris de douleur, une musique stridente, un visage inerte glisse le long du cadre et le sang finit par se mêler au shampoing dans le siphon. Dans cette petite séquence rejouée de Psychose d’Hitchcock, vous n’aurez jamais vu le couteau, ni rentrer, ni sortir de la peau et pourtant en sortant de la projection, vous avez le sentiment d’avoir vu ce plan. Le cadre d’un film agit comme un cache sur notre mémoire, car c’est hors champ que le film se passe. Plus l’image est évocatrice, plus elle a d’impacte sur la mémoire.

L’essentiel de l’action se passe à l’extérieur du cadre. Le montage nous manipule. Lorsque le journal télévisé passe en boucle des personnes cagoulées en gros plan jetant des fumigènes sur des CRS, on s’imagine que la révolution a commencé. Ce qu’on ne voit pas, c’est qu’il s’agit de la fin d’une manifestation de 500 000 personnes contre le CPE (2006), avec moins de 10 casseurs vraiment dangereux qui balancent des projectiles sur une armée de CRS, pourtant à l’écran on imagine Paris à feu et à sang. Le montage associe ces casseurs à l’ensemble des manifestants, d’ou l’amalgame.

L’air à gauche et l’air à droite.

Le tournage et le montage des plans ne regroupent pas plusieurs règles, il n’y en a que trois, dont la première est la règle des 180°. Regardez le schéma ci-dessous :

position caméra

Les angles 1, 2b et 2a représentent des positions de caméra. Vous trouvez les plans correspondant juste en dessous.

Maintenant, vous êtes à la table de montage. Vous devez prendre Anakin quand il parle, puis Padmé quand elle parle. L’un à la suite de suite de l’autre.

Si vous montez le plan 1 avec le plan 2b, tout se passe bien. Un dialogue se construit et on a l’impression qu’ils se parlent entre eux. En revanche, si vous montez le plan 1 avec le plan 2a, on aura une mauvaise impression des dialogues, car les deux personnages regardent dans la même direction par rapport au cadre. Dans le plan 1, Anakin regarde vers la gauche du cadre, dans le plan 2a, Padamé regarde aussi vers la gauche du cadre. Le spectateur a cette impression bizarre que les personnages ne se regardent pas vraiment lors du tournage. Pourtant les deux personnages n’ont pas changé de place.

La règle est de tracer des traits pointillés qui suivent le regard des personnages. Dans un face à face, ces deux traits forment une seule ligne : ligne des 180°.

Lors du tournage on peut placer la caméra où l’on veut, mais l’on ne doit pas dépasser ces pointillés lorsque l’on veut changer de plan dans une même séquence, sinon on a ce que l’on appelle « une saute d’axe ».

Vous pouvez trahir cette règle dans le cas où le décor le justifie. Deux personnages se déplacent dans les décors, les regards se croisent de partout. Peu importe la règle des 180°, c’est le décor en lui-même qui donnera l’indication au spectateur de la position de l’acteur. Un comédien passe une porte, votre caméra sera en intérieur, puis en extérieur. Dans ce cas, l’élément même du décor de la porte permet au spectateur de s’y retrouver.

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2 commentaires

  1. Soeur Lutèce (3 comments) dit :

    Laurent,

    J’apprécie vraiment tes tuyaux que je qualifie de « cours pratiques et pédagogues ».
    Une petite question, peut-on appliquer ces techniques à la photo ?

    • laurent Torton (6 comments) dit :

      Bonjour,
      Merci pour ces remarques qui m’encouragent bien.
      Photo et vidéo (numérique) ont la même technique liée à l’optique.
      Donc oui, pour la captation d’image, on se retrouve avec les mêmes impératifs techniques entre photo et vidéo.
      Ensuite c’est une question de cadre et de montage.
      Dans une photo tout doit être lu en une seule image, alors qu’en vidéo l’image est juste un support en plus du son et du texte.
      Donc en photo, le champ contre champ ne veut pas dire grand chose sauf pour éditer plusieurs photos sur une même page.

      A bientôt.

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